Le 26 mars 1999 à Los Angeles, Kevin Mitnick a été condamné à 46 mois de prison. Compte tenu du temps passé en détention préventive, Kevin Mitnik pourrait retrouver la liberté d'ici un an. Il souhaiterai, selon son avocat , reprendre des études et travailler comme consultant informatique.
30/03/99
<< Les Inrockuptibles >> n°172 du 04 au 09 novembre 1998
Un site d'admirateurs prend fait et cause pour le plus grand pirate informatique de l'histoire, toujours emprisonné.
Le Condor du piratage
Internet "Libérez Kevin." La page d'accueil militante du site officiel du plus grand pirate informatique de tous les temps ne mâche pas ses mots. "3 ans, 8 mois, 11 jours, 14 heures, 49 minutes, 44 secondes." Un calculateur joue les sabliers live et maintient la pression. Depuis trois ans, la défense du prévenu s'organise sur Internet, à l'américaine.
Kevin Mitnick alias le "Condor" est une légende vivante du "hacking". Déjà condamné à un an de prison pour fraude informatique en 1988, Mitnick devient, au début des années 90, l'ennemi électronique numéro un et fout la trouille à l'Amérique tout entière. Adolescent, il infiltre l'ordinateur du NORAD situé au Colorado et dont le rôle, à l'époque, est d'assurer la défense du continent nord-américain contre une attaque soviétique. Cet "exploit" sera à l'origine du scénario du film War games. En décembre 94, alors qu'il pénètre dans les systèmes de sécurité d'un ordinateur du SCSD (Supercomputer Center of San Diego), Mitnick se heurte à Tsutomu Shimomura, expert en sécurité informatique. Entre les deux hommes, un défi commence, poussant Mitnick l'orgueilleux à laisser des messages téléphoniques au domicile de son nouvel adversaire ou encore à semer la zizanie dans son ordinateur personnel. Le 15 février 95, grâce au talent de Tsutomu Shimomura, Kevin Mitnick est arrêté par le FBI. A son actif : le "vol" de plus de vingt mille numéros de cartes de crédit dérobées à la compagnie de services Internet Netcom, puis le vol de quinze numéros de téléphone cellulaires lui permettant de s'introduire dans des bases de données informatiques, ou encore le piratage de logiciels de grandes compagnies (Novell, Motorola, Nokia, Fujitsu, NEC). Un préjudice estimé à 88 millions de dollars.
Rejugé à la fin de l'été dernier, après trois ans et demi de détention, Kevin Mitnick n'est toujours pas fixé sur son sort. Son site officiel, auquel, naturellement, il ne participe pas, propose toutes les archives, dossiers et nouvelles fraîches jour après jour sur son cas. Il fait le point sur sa défense dont une bonne partie s'articule autour du fait qu'un "hacker" ne peut pas être "condamné de fraude au câble ou de délit informatique si le gouvernement ne peut pas démontrer qu'il agissait, lors des faits, dans un autre but que la curiosité ou le plaisir de chercher". Le site, en plus d'organiser la collecte des fonds pour la défense du prévenu, invite les internautes à écrire aux grandes rédactions américaines ou encore à mobiliser l'attention du Congrès afin de réclamer un jugement clair et définitif et aider le pirate à faire valoir ses droits.
Quelle que soit l'issue de l'affaire, Kevin Mitnick, dont la justice américaine compte bien faire un exemple, est déjà assuré, après sa libération finale, de ne plus pouvoir utiliser d'ordinateur aussi facilement qu'avant, ni même de travailler dans l'informatique ou tout autre métier lui permettant l'accès à un ordinateur sans l'accord d'un agent de probation.
Xavier de Moulins